L’art ne s’adresse-t-il qu’à la sensibilité ?

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L'analyse du professeur


Si une oeuvre d’art est d’abord évaluée en termes de plaisir, c’est en fait qu’elle semble souvent destinée à être ressentie et évaluée à partir des sensations qu’elle suscite et des sentiments qu’elle conduit son spectateur à éprouver. Le problème du fait de savoir si l’art ne s’adresse qu’à la sensibilité est donc ici celui de la rationalité ou de la rationalisation possible de l’oeuvre d’art. Cela signifie qu’il faut analyser si une oeuvre d’art est exprimable autrement que par des sentiments qui viennent d’un rapport sensoriel à l’oeuvre, c’est-à-dire serait exprimable par des idées et, par conséquent, explicable par des mots.

Le paradoxe se situe donc dans le fait qu’une oeuvre d’art est à la fois purement esthétique mais provoque en nous une réflexion et une analyse qui s’affranchissent du pur rapport esthétique.

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Plan proposé

Partie 1

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Il est essentiel de partir du fait qu’une oeuvre d’art s’adresse à la sensibilité. L’art mis en oeuvre est une chose que l’on regarde, qui est donnée à voir et ce par l’intermédiaire des sens.

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Cet abord sensoriel est à l’origine des sentiments, c’est-à-dire de la valeur émotive que suscite l’oeuvre chez celui qui la contemple.

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À cet égard, il paraît possible d’expliquer une oeuvre d’art à partir de ce qu’elle représente, en décrivant par des mots les choses desquelles l’oeuvre d’art s’inspire, et en subordonnant l’émotion à la nature de ce qui est créé, c’est-à-dire en fonction du type de réalité qui se donne à voir dans l’oeuvre.

Partie 2

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Ce point de vue est cependant réducteur dans la mesure où tout art n’est pas représentatif de choses réelles clairement identifiables ou reconnaissables par le spectateur

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et, quand bien même il le serait, l’art fonctionne plus comme une transposition d’une réalité intériorisée que comme une représentation d’un réel, c’est-à-dire comme une réalité transformée par le regard d’un artiste au point de condamner tout possibilité de comparer l’oeuvre à quoi que ce soit.

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Dès lors, il n’est peut-être possible d’expliquer une oeuvre d’art qu’à partir de métaphores ou d’images imparfaites qui ne sont pas absolument explicites mais qui tentent d’user de nouvelles image pour susciter une émotion analogue sans pouvoir jamais décrire ce qui est mis en oeuvre.

Partie 3

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Enfin, à bien y regarder, il semble même que le fait de vouloir donner une explication de l’art revient à chercher à l’identifier à du connu et à du « déjà vu », c’est-à-dire à des idées ou des sentiments qui préexisteraient dans le spectateur.

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Or, le propre de la création est sans doute d’être unique et inassimilable à quoi que ce soit d’autre. L’art est donc peut-être fondamentalement irrationnel, inexplicable.

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Dès lors, l’art s’adresse à la sensibilité mais non pas tant en un sens sensoriel qu’en un sens sentimental, c’est-à-dire qu’une oeuvre d’art nous transporte en fonction de notre personnalité et de nos impressions subjectives, sans que de tels sentiments soient explicables à partir du type de sensations immédiatement perçues.