Annales 2017 - La raison peut-elle rendre raison de tout ?

Partager sur Facebook Partager sur Twitter


L'analyse du professeur


Dans le mythe antique, Sisyphe est condamné à pousser un rocher au sommet d'une montagne, rocher qui retombera fatalement au pied de cette montagne pour l'obliger à recommencer. À l'instar de Camus, ce mythe est souvent présenté comme le modèle d'un raisonnement sur l'absurdité de l'existence humaine et de la conscience que l'homme en a. Sisyphe constate qu'il doit recommencer son labeur, et ses espoirs sont sans cesse ruinés. Il ne possède cependant pas les moyens de sortir de ce dilemme selon lequel il ne comprend pas ce qu'il lui arrive tout en étant contraint de recommencer ce qu'il veut faire. L'homme vivrait à l'image de cette caricature : reproduisant sans cesse des gestes qui n'ont pas vraiment de sens, sans autre choix que de rester enfermé dans cette répétition incessante de sa vie, en cherchant vainement à comprendre ce qu'il fait.
La question « la raison peut-elle rendre raison de tout ? » trouve ici toute son acuité : elle conduit en effet à poser la question de la justification de ce qui est, en suggérant que certaines choses pourraient ne pas se comprendre, ne pas s'entendre, ne pas satisfaire le besoin de sens qui habite l'homme. Se pose alors le problème de savoir ce qui échappe à la raison, et de comprendre pourquoi. Faut-il y avoir les limites du rationnel ? La manifestation qu'il existe d'autres moyens de comprendre que la simple raison ? La manifestation au contraire d'un hasard inexplicable ? La possibilité que la rationalité ne puisse exprimer totalement le sens de l'être semble ouvrir au débat de la différence de nature entre le réel et le rationnel.

Nous nous attacherons ainsi à montrer tout d'abord que la tentative de rendre raison de tout est un penchant naturel de la conscience. Nous constaterons toutefois que ce penchant naturel fait fi d'une finitude radicale de l'intelligence, souvent tenue en échec dans son projet de réalisation concrète. Cette deuxième position nous conduira alors plus fondamentalement à interroger la possibilité et la viabilité d'une misologie, par laquelle la raison serait incapable de poser la question de l'être.

(...)