Annales 2007 - Toute prise de conscience est-elle libératrice ?

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L'analyse du professeur


La conscience se définit comme la faculté humaine de se connaître, c'est-à-dire d'être en mesure de réaliser intellectuellement ce que l'on est et ce que l'on fait. En ce sens, la conscience est un pouvoir de réflexion sur soi qui permet à l'homme de prendre la mesure des causes qui le poussent à agir et des conséquences de son action dans le temps. Il semblerait découler de cette définition de la conscience que l'homme possède en substance une faculté précieuse pour penser ses actes et agir de façon responsable. Toutefois, cette interprétation de la valeur de la conscience n'est possible qu'à la condition que la prise de conscience permette à l'homme d'avoir un plus grand pouvoir sur ce qu'il lui est donné de faire. La prise de conscience ne serait ainsi libératrice que dans la mesure où celui qui est conscient découvre, en même temps que les conditions réelles de son existence, la possibilité de faire des choix et d'orienter l'avenir en fonction de ses souhaits et de ses possibilités. Cette interprétation de la conscience est toutefois problématique, puisque rien ne semble garantir que le pouvoir de réfléchir à sa condition propre implique le pouvoir d'agir sur cette condition et de réaliser ses volontés.

L'ambiguïté de la définition de la conscience porte donc à repérer le paradoxe suivant. D'une part, la conscience est un pouvoir de constat qui a pour particularité de doter l'homme d'une analyse lucide de ce qu'il est. À cet égard, la prise de conscience semble aider à prendre des décisions, c'est-à-dire que le fait d'être conscient semble donner plus de pouvoir d'agir, puisque l'action se trouve dès lors étayée par une connaissance exacte des conditions de réalisation de toute action. D'autre part toutefois, le fait même d'être conscient de soi conduit l'homme à constater qu'il est sans cesse déterminé dans son action par des causes qu'il ne maîtrise pas, au point de transformer le sentiment de liberté en une illusion qui sera détruite rétrospectivement dès que la conscience analyse la situation et met au jour les causes réelles de l'action d'une personne.
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