Annales BAC 2007 - Le désir peut-il se satisfaire de la réalité ?

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L'analyse du professeur


Le désir correspond à la volonté d’atteindre une chose que l’esprit rend aimable parce qu’il détermine que cette chose convient à une personne. En ce sens, le désir dépend d’une représentation intellectuelle des propriétés d’une chose et de la façon dont ces propriétés s’accordent avec les propriétés d’une personne. Le désir porte donc sur des choses réelles et pousse un individu à rechercher la possession de ces choses afin de se satisfaire. On peut alors en conclure paradoxalement que le désir se satisfait sans se satisfaire de la réalité. Il s’en satisfait dans la mesure où il prend appui sur la représentation de la réalité pour définir ce qui est désirable, mais il ne peut s’en satisfaire, dans le sens où ce qui est désirable n’appartient pas encore à celui qui désire, et le pousse à vouloir changer la réalité pour que l’objet du désir lui appartienne. Le problème de ce sujet est donc de savoir jusqu’à quel point la représentation de l’objet du désir ne dénature pas cet objet. Le fait de se représenter l’intérêt que peut avoir la possession d’une chose pour un individu n’implique en effet pas seulement que la chose est jugée désirable pour elle-même, mais suppose également qu’elle est jugée adaptée à un individu particulier. Cette convenance à un individu ne conduit-elle pas à imposer à l’objet du désir un mode d’existence qui en change la réalité, et le transforme ?

(...)

Plan proposé

Partie 1

a

Tout désir procède du constat que la chose envisagée est désirable, c’est-à-dire qu’elle possède des propriétés particulières qui la distinguent de toute autre chose et en font l’intérêt.

b

En ce sens, le désir se fonde sur une analyse de la réalité qui se satisfait par principe de la réalité en ce qu’elle présente justement l’intérêt de cette réalité, c’est-à-dire en tant qu’elle s’efforce de mettre objectivement au jour les caractéristiques propres d’un objet de désir.

c

En outre, le désir d’une chose porte à rechercher les moyens d’acquérir cette chose, à définir un moyen de réaliser cette chose afin de rendre sa possession réelle. Le désir permet ainsi de rendre réelle la chose.

Partie 2

a

Il semble toutefois que cette définition de la dynamique du désir omet le pouvoir de transformation de la réalité qui accompagne nécessairement la représentation d’une chose désirable. Le désir porte en effet à se représenter l’acquisition d’une chose qui permette de satisfaire le désir, chose qui par principe ne le satisfait pas encore et est supposée pouvoir le satisfaire.

b

En ce sens, le désir porte sur le probable et le possible, mais non sur le réel présent. La représentation est une représentation hypothétique qui se veut presque réelle mais qui dépend cependant de conditions particulières d’action et de réalisation.

c

Le désir ne peut donc totalement se satisfaire de la réalité présente, et ne se satisfait que d’une réalité à venir, que l’esprit considère comme possible.

Partie 3

a

Il est alors possible de mettre en question le pouvoir de représentation rationnelle du désir. Nous devons en effet nous rendre à l’évidence de la force passionnelle du désir qui veut tellement la réalisation d’une chose que cette chose est considérée comme réelle là où elle n’est encore que possible.

b

Si la distance entre le possible et le réel est donc souvent minorée, c’est en tant que le désir peut forcer la raison a méconnaître la probabilité de réalisation d’une chose. La raison se trouve donc malmenée dans son analyse, au point souvent de ne pas assez prendre en compte les obstacles réels s’opposant à la réalisation de la chose.

c

Le désir ne se satisfait donc jamais pleinement de la réalité, mais conduit à substituer à l’être un devoir-être souvent hypothétique et trompeur. En outre, le fait même d’opérer cette substitution est d’autant plus dommageable que l’évaluation de l’objet du désir est souvent elle-même trompeuse, puisque celui qui désire idéalise l’objet de son désir au point souvent de méconnaître la réalité de la chose désirée.