Annales 2006 - Quel besoin avons-nous de chercher la vérité ?

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L'analyse du professeur


La philosophie se définit souvent comme la recherche de la vérité, c'est-à-dire comme résultant de la volonté d'accéder au vrai afin de mieux connaître la nature du monde dans lequel vit l'homme, et de mieux agir dans ce monde. En ce sens, le besoin de connaître le vrai correspondrait à la volonté de mieux agir et de mieux se comporter. Une telle interprétation apparaît toutefois comme contestable ou comme éminemment fragile, dans la mesure notamment où la recherche de la connaissance n'aboutit pas toujours, et se révèle problématique en ne parvenant pas systématiquement à fonder ce qu'elle avance. Dès lors, si le vrai n'est pas souvent atteint, et que la recherche du vrai conduit à des dilemmes, voire à des conflits ou à la perplexité, le besoin de mieux agir se trouve fondamentalement contrarié. Pourquoi continuer à chercher le vrai, si le vrai n'est pas utile pratiquement ?

Le paradoxe de ce sujet est d'interroger la quête du vrai à partir de la notion de besoin, c'est-à-dire en fonction d'une chose qui serait indispensable à l'homme. Se trouverait alors discrédité le simple amour abstrait de la connaissance, et valorisé réciproquement toute connaissance utile pratiquement. Cependant, si la connaissance vraie n'est jamais atteinte, toutes les connaissances produites ne restent que probables, et l'utilité de la connaissance disparaît. La connaissance vraie ne peut donc découler d'un besoin, ou alors un tel besoin ne peut jamais être satisfait, ce qui condamne l'homme à une existence tragique qui sera toujours malheureuse, ou déficiente.
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