Annales 2005 - La sensibilité aux oeuvres d'art demande-t-elle à être éduquée ?

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L'analyse du professeur

Le sens commun conduit souvent à affirmer que les goûts et les couleurs ne se discutent pas. En ce sens, la confrontation à l'art serait une confrontation purement subjective de chacun à l'oeuvre particulière, confrontation qu'il serait impossible de théoriser sur le fond, puisque les critères de l'art relèvent de la sensibilité et de la spontanéité de chacun. Pourtant, certains artistes sont plus côtés que d'autres, sont plus reconnus ou plaisent tout simplement plus. Est-ce à dire qu'il y aurait un goût commun aux hommes ? Faut-il croire qu'il y a en fiat des critères, si ce n'est théoriques, tout au moins pratiques, autour desquels s'accorderaient alors les hommes ?

La question semble d'autant plus importante que, de nos jours, le rapport des spectateurs à l'art s'est trouvé bouleversé. L'avènement de l'art abstrait, de l'art conceptuel, ou la déconstruction des formes classiques de l'art, semble confronter tout spectateur à un éclatement des normes de goût et de jugement, éclatement qui nécessiterait par conséquent un apprentissage, une familiarisation. Comment comprendre ce paradoxe qui permet à la fois de poser la subjectivité des critères esthétiques, et donc d'affirmer le caractère spontané et naturel des critères esthétiques, et la nécessité de s'éduquer en art ?
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