Quel sens la mort donne-t-elle à notre vie ?

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L'analyse du professeur


La présence menaçante de la mort pousse Nagg et Nell à partager un dernier biscuit qu'ils suçotent en songeant aux instants « jolis » de leurs vies. Dans Fin de partie, ces deux vieillards, restants dérisoires de l'humanité qui n'existe déjà plus dans leur progéniture Clov, engagent ainsi à voir tendrement une nostalgie de la vie enjoliver le vécu, tout en le réduisant paradoxalement à des instants jolis, à peine arrachés à une mémoire fragile.
Le sens de la vie apparaît ici dans toute son ambiguïté : la mort montre à la fois la vie dans toute sa valeur, puisqu'elle se termine et se sait à la fin de son parcours, mais dans toute sa petitesse, la mort réduisant de fait la vie à n'être que la recherche des meilleurs moments vécus. À l'aune de ce paradoxe, la conscience de la mort révèle ce qu'elle a de problématique, dans la mesure où la mort place une fin à la conscience humaine d'un temps conçu comme projet, et contredit ainsi ce projet dont l'idéal est tendu vers un développement infini. La mort est donc une fatalité qui met en question le sens de la vie selon un prisme déformant dont la pertinence semble indécidable, puisque la conscience de la vie se prend elle-même pour objet.
Nous chercherons ainsi à montrer que la mort est lourde d'une urgence qui met en lumière semble-t-il l'essentiel de la vie. Cependant, nous nous interrogerons sur cet essentiel, dont la raison d'être est ouverte à toutes les pathologies de la conscience, en biaisant ainsi l'authenticité. Nous en viendrons dès lors, sur le fond de cette authenticité problématique, à montrer que le sens de la mort n'est pas saisissable.
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